viernes, 2 de mayo de 2014

Charles Perrault: La bella durmiente del bosque

Charles Perrault: La bella durmiente del bosque


LA BELLE AU BOIS DORMANT


Audio par OLIVIER PONTREAU


Il était une fois un Roi et une Reine, qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du monde ; voeux, pèlerinages, menues dévotions, tout fut mis en oeuvre, et rien n'y faisait. Enfin pourtant la Reine devint grosse, et accoucha d'une fille : on fit un beau Baptême ; on donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. Après les cérémonies du Baptême toute la compagnie revint au Palais du Roi, où il y avait un grand festin pour les Fées. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or massif, où il y avait une cuiller une fourchette, et un couteau de fin or garni de diamants et de rubis.


Mais comme chacun prenait sa place à table, on vit entrer une vieille Fée qu'on n'avait point priée parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'était sortie d'une Tour et qu'on la croyait morte, ou enchantée. Le Roi lui fit donner un couvert, mais il n'y eut pas moyen de lui donner un étui d'or massif, comme aux autres, parce que l'on n'en avait fait faire que sept pour les sept Fées. La vieille crut qu'on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents. Une des jeunes Fées qui se trouva auprès d'elle l'entendit, et jugeant qu'elle pourrait donner quelque fâcheux don à la petite Princesse, alla dès qu'on fut sorti de table se cacher derrière la tapisserie, afin de parler la dernière, et de pouvoir réparer autant qu'il lui serait possible le mal que la vieille aurait fait.


Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune donna pour don qu'elle serait la plus belle personne du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un Ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un Rossignol, et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments dans la dernière perfection. Le rang de la vieille Fée étant venu, elle dit, en branlant la tête encore plus de dépit que de vieillesse, que la Princesse se percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en mourrait. Ce terrible don fit frémir toute la compagnie, et il n'y eut personne qui ne pleurât.


Dans ce moment la jeune Fée sortit de derrière la tapisserie, et dit tout haut ces paroles : Rassurez-vous, Roi et Reine, votre fille n'en mourra pas ; il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait. La Princesse se percera la main d'un fuseau ; mais au lieu d'en mourir elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un Roi viendra la réveiller. Le Roi, pour tâcher d'éviter le malheur annoncé par la vieille, fit publier aussitôt un édit, par lequel il défendait à toutes personnes de filer au fuseau, ni d'avoir des fuseaux chez soi sur peine de la vie. Au bout de quinze ou seize ans, le Roi et la Reine étant allés à une de leurs Maisons de plaisance, il arriva que la jeune Princesse courant un jour dans le Château, et montant de chambre en chambre, alla jusqu'au haut d'un donjon dans un petit galetas, où une bonne Vieille était seule à filer sa quenouille.


Cette bonne femme n'avait point ouï parler des défenses que le Roi avait faites de filer au fuseau. Que faites-vous là, ma bonne femme ? dit la Princesse. Je file, ma belle enfant, lui répondit la vieille qui ne la connaissait pas. Ah ! que cela est joli, reprit la Princesse, comment faites-vous ? donnez-moi que je voie si j'en ferais bien autant. Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau, que comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d'ailleurs l'Arrêt des Fées l'ordonnait ainsi, elle s'en perça la main, et tomba évanouie. La bonne Vieille, bien embarrassée, crie au secours : on vient de tous côtés, on jette de l'eau au visage de la Princesse, on la délace, on lui frappe dans les mains, on lui frotte les tempes avec de l'eau de la reine de Hongrie, mais rien ne la faisait revenir. Alors, le Roi, qui était monté au bruit, se souvint de la prédiction des Fées, et jugeant bien qu'il fallait que cela arrivât, puisque les Fées l'avaient dit, fit mettre la Princesse dans le plus bel appartement du Palais, sur un lit en broderie d'or et d'argent. On eût dit d'un Ange, tant elle était belle ; car son évanouissement n'avait pas ôté les couleurs vives de son teint : ses joues étaient incarnates, et ses lèvres comme du corail ; elle avait seulement les yeux fermés, mais on l'entendait respirer doucement, ce qui faisait voir qu'elle n'était pas morte. Le Roi ordonna qu'on la laissât dormir en repos, jusqu'à ce que son heure de se réveiller fût venue. La bonne Fée qui lui avait sauvé la vie, en la condamnant à dormir cent ans, était dans le Royaume de Mataquin, à douze mille lieues de là, lorsque l'accident arriva à la Princesse ; mais elle en fut avertie en un instant par un petit Nain, qui avait des bottes de sept lieues (c'était des bottes avec lesquelles on faisait sept lieues d'une seule enjambée).


La Fée partit aussitôt, et on la vit au bout d'une heure arriver dans un chariot tout de feu, traîné par des dragons. Le Roi lui alla présenter la main à la descente du chariot. Elle approuva tout ce qu'il avait fait ; mais comme elle était grandement prévoyante, elle pensa que quand la Princesse viendrait à se réveiller elle serait bien embarrassée toute seule dans ce vieux Château : voici ce qu'elle fit.


Elle toucha de sa baguette tout ce qui était dans ce Château (hors le Roi et la Reine), Gouvernantes, Filles d'Honneur, Femmes de Chambre, Gentilshommes, Officiers, Maîtres d'Hôtel, Cuisiniers, Marmitons, Galopins, Gardes, Suisses, Pages, Valets de pied ; elle toucha aussi tous les chevaux qui étaient dans les Écuries, avec les Palefreniers, les gros mâtins de basse-cour et la petite Pouffe, petite chienne de la Princesse, qui était auprès d'elle sur son lit. Dès qu'elle les eut touchés, ils s'endormirent tous, pour ne se réveiller qu'en même temps que leur Maîtresse, afin d'être tout prêts à la servir quand elle en aurait besoin ; les broches mêmes qui étaient au feu toutes pleines de perdrix et de faisans s'endormirent, et le feu aussi. Tout cela se fit en un moment ; les Fées n'étaient pas longues à leur besogne. Alors le Roi et la Reine, après avoir baisé leur chère enfant sans qu'elle s'éveillât, sortirent du Château, et firent publier des défenses à qui que ce soit d'en approcher. Ces défenses n'étaient pas nécessaires, car il crût dans un quart d'heure tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d'épines entrelacées les unes dans les autres, que bête ni homme n'y aurait pu passer : en sorte qu'on ne voyait plus que le haut des Tours du Château, encore n'était-ce que de bien loin.


On ne douta point que la Fée n'eût encore fait là un tour de son métier afin que la Princesse, pendant qu'elle dormirait, n'eût rien à craindre des Curieux.


Au bout de cent ans, le Fils du Roi qui régnait alors, et qui était d'une autre famille que la Princesse endormie, étant allé à la chasse de ce côté-là, demanda ce que c'était que ces Tours qu'il voyait au-dessus d'un grand bois fort épais ; chacun lui répondit selon qu'il en avait ouï parler. Les uns disaient que c'était un vieux Château où il revenait des Esprits ; les autres que tous les Sorciers de la contrée y faisaient leur sabbat. La plus commune opinion était qu'un Ogre y demeurait, et que là il emportait tous les enfants qu'il pouvait attraper, pour les pouvoir manger à son aise, et sans qu'on le pût suivre, ayant seul le pouvoir de se faire un passage au travers du bois.


Le Prince ne savait qu'en croire, lorsqu'un vieux Paysan prit la parole, et lui dit : Mon Prince, il y a plus de cinquante ans que j'ai ouï dire à mon père qu'il y avait dans ce Château une Princesse, la plus belle du monde ; qu'elle y devait dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le fils d'un Roi, à qui elle était réservée. Le jeune Prince, à ce discours, se sentit tout de feu ; il crut sans balancer qu'il mettrait fin à une si belle aventure ; et poussé par l'amour et par la gloire, il résolut de voir sur-le-champ ce qui en était. À peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent d'elles-mêmes pour le laisser passer : il marche vers le Château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre, parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé.


Il ne laissa pas de continuer son chemin : un Prince jeune et amoureux est toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte : c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts.


Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des Suisses, qu'ils n'étaient qu'endormis, et leurs tasses où il y avait encore quelques gouttes de vin montraient assez qu'ils s'étaient endormis en buvant. Il passe une grande cour pavée de marbre, il monte l'escalier il entre dans la salle des Gardes qui étaient rangés en haie, la carabine sur l'épaule, et ronflants de leur mieux.


Il traverse plusieurs chambres pleines de Gentilshommes et de Dames, dormant tous, les uns debout, les autres assis, il entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu : une Princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin. Il s'approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle. Alors comme la fin de l'enchantement était venue, la Princesse s'éveilla ; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre : Est-ce vous, mon Prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre. Le Prince charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont elles étaient dites, ne savait comment lui témoigner sa joie et sa reconnaissance ; il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même.


Ses discours furent mal rangés ; ils en plurent davantage ; peu d'éloquence, beaucoup d'amour. Il était plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pas s'en étonner ; elle avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à lui dire, car il y a apparence (l'Histoire n'en dit pourtant rien) que la bonne Fée, pendant un si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des songes agréables. Enfin il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à se dire.


Cependant tout le Palais s'était réveillé avec la Princesse, chacun songeait à faire sa charge, et comme ils n'étaient pas tous amoureux, ils mouraient de faim ; la Dame d'Honneur, pressée comme les autres, s'impatienta, et dit tout haut à la Princesse que la viande était servie. Le Prince aida à la Princesse à se lever ; elle était tout habillée et fort magnifiquement ; mais il se garda bien de lui dire qu'elle était habillée comme ma mère grand, et qu'elle avait un collet monté, elle n'en était pas moins belle. Ils passèrent dans un Salon de miroirs, et y soupèrent, servis par les Officiers de la Princesse, les Volons et les Hautbois jouèrent de vieilles pièces, mais excellentes, quoiqu'il y eût près de cent ans qu'on ne les jouât plus ; et après souper, sans perdre de temps, le grand Aumônier les maria dans la Chapelle du Château et la Dame d'Honneur leur tira le rideau ; ils dormirent peu, la Princesse n'en avait pas grand besoin, et le Prince la quitta dès le matin pour retourner à la Ville, où son Père devait être en peine de lui. Le Prince lui dit qu'en chassant il s'était perdu dans la forêt, et qu'il avait couché dans la hutte d'un Charbonnier, qui lui avait fait manger du pain noir et du fromage.


Le Roi son père, qui était bon homme, le crut, mais sa Mère n'en fut pas bien persuadée, et voyant qu'il allait presque tous les jours à la chasse, et qu'il avait toujours une raison en main pour s'excuser, quand il avait couché deux ou trois nuits dehors, elle ne douta plus qu'il n'eût quelque amourette :


car il vécut avec la Princesse plus de deux ans entiers et en eut deux enfants, dont le premier qui fut une fille, fut nommée l'Aurore, et le second un fils, qu'on nomma le Jour, parce qu'il paraissait encore plus beau que sa soeur.


La Reine dit plusieurs fois à son fils, pour le faire expliquer, qu'il fallait se contenter dans la vie, mais il n'osa jamais se fier à elle de son secret ; il la craignait quoiqu'il l'aimât, car elle était de race Ogresse, et le Roi ne l'avait épousée qu'à cause de ses grands biens, on disait même tout bas à la Cour qu'elle avait les inclinations des Ogres et qu'en voyant passer de petits enfants, elle avait toutes les peines du monde à se retenir de se jeter sur eux, ainsi le Prince ne voulut jamais rien dire. Mais quand le Roi fut mort, ce qui arriva au bout de deux ans, et qu'il se vit maître, il déclara publiquement son Mariage, et alla en grande cérémonie quérir la Reine sa femme dans son Château. On lui fit une entrée magnifique dans la Ville Capitale, où elle entra au milieu de ses deux enfants.


Quelque temps après le Roi alla faire la guerre à l'Empereur Cantalabutte son voisin. Il laissa la Régence du Royaume à la Reine sa mère, et lui recommanda sa femme et ses enfants : il devait être à la guerre tout l'Eté, et dès qu'il fut parti, la Reine Mère envoya sa Bru et ses enfants à une maison de campagne dans les bois, pour pouvoir plus aisément assouvir son horrible envie. Elle y alla quelques jours après, et dit un soir à son Maître d'Hôtel : Je veux manger demain à mon dîner la petite Aurore. Ah ! Madame, dit le Maître d'Hôtel. Je le veux, dit la Reine (et elle le dit d'un ton d'Ogresse qui a envie de manger de la chair fraîche), et je la veux manger à la Sauce-robert. Ce pauvre homme voyant bien qu'il ne fallait pas se jouer à une Ogresse, prit son grand couteau, et monta à la chambre de la petite Aurore : elle avait pour lors quatre ans, et vint en sautant et riant se jeter à son col, et lui demander du bon du bon. Il se mit à pleurer, le couteau lui tomba des mains et il alla dans la basse-cour couper la gorge à un petit agneau, et il lui fit une si bonne sauce que sa Maîtresse l'assura qu'elle n'avait jamais rien mangé de si bon. Il avait emporté en même temps la petite Aurore, et l'avait donnée à sa femme pour la cacher dans le logement qu'elle avait au fond de la basse-cour. Huit jours après la méchante Reine dit à son Maître d'Hôtel : Je veux manger à mon souper le petit Jour. Il ne répliqua pas, résolu de la tromper comme l'autre fois ; il alla chercher le petit Jour, et le trouva avec un petit fleuret à la main, dont il faisait des armes avec un gros Singe ; il n'avait pourtant que trois ans. Il le porta à sa femme qui le cacha avec la petite Aurore, et donna à la place du petit Jour un petit chevreau fort tendre, que l'Ogresse trouva admirablement bon.


Cela était fort bien allé jusque-là ; mais un soir cette méchante Reine dit au Maître d'Hôtel : Je veux manger la Reine à la même sauce que ses enfants.


Ce fut alors que le pauvre Maître d'Hôtel désespéra de la pouvoir encore tromper. La jeune Reine avait vingt ans passés, sans compter les cent ans qu'elle avait dormi : sa peau était un peu dure, quoique belle et blanche ; et le moyen de trouver dans la Ménagerie une bête aussi dure que cela ? Il prit la résolution, pour sauver sa vie, de couper la gorge à la Reine, et monta dans sa chambre, dans l'intention de n'en pas faire à deux fois ; il s'excitait à la furet et entra le poignard à la main dans la chambre de la jeune Reine. Il ne voulut pourtant point la surprendre, et il lui dit avec beaucoup de respect l'ordre qu'il avait reçu de la Reine Mère. Faites votre devoir, lui dit-elle, en lui tendant le col, exécutez l'ordre qu'on vous a donné ; j'irai revoir mes enfants, mes pauvres enfants que j'ai tant aimés ; car elle les croyait morts depuis qu'on les avait enlevés sans lui rien dire. Non, non, Madame, lui répondit le pauvre Maître d'Hôtel tout attendri, vous ne mourrez point, et vous ne laisserez pas d'aller revoir vos chers enfants, mais ce sera chez moi où je les ai cachés, et je tromperai encore la Reine, en lui faisant manger une jeune biche en votre place. Il la mena aussitôt à sa chambre, où la laissant embrasser ses enfants et pleurer avec eux, il alla accommoder une biche, que la Reine mangea à son souper, avec le même appétit que si c'eût été la jeune Reine. Elle était bien contente de sa cruauté, et elle se préparait à dire au Roi, à son retour, que les loups enragés avaient mangé la Reine sa femme et ses deux enfants.


Un soir qu'elle rôdait à son ordinaire dans les cours et basses-cours du Château pour y halener quelque viande fraîche, elle entendit dans une salle basse le petit Jour qui pleurait, parce que la Reine sa mère le voulait faire fouetter, à cause qu'il avait été méchant, et elle entendit aussi la petite Aurore qui demandait pardon pour son frère. L'Ogresse reconnut la voix de la Reine et de ses enfants, et furieuse d'avoir été trompée, elle commande dès le lendemain au matin, avec une voix épouvantable qui faisait trembler tout le monde, qu'on apportât au milieu de la cour une grande cuve, qu'elle fit remplir de crapauds, de vipères, de couleuvres et de serpents, pour y faire jeter la Reine et ses enfants, le Maître d'Hôtel, sa femme et sa servante : elle avait donné l'ordre de les amener les mains liées derrière le dos. Ils étaient là, et les bourreaux se préparaient à les jeter dans la cuve, lorsque le Roi, qu'on n'attendait pas si tôt, entra dans la cour à cheval ; il était venu en poste, et demanda tout étonné ce que voulait dire cet horrible spectacle ; personne n'osait l'en instruire, quand l'Ogresse, enragée de voir ce qu'elle voyait, se jeta elle-même la tête la première dans la cuve, et fut dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu'elle y avait fait mettre. Le Roi ne laissa pas d'en être fâché ; elle était sa mère ; mais il s'en consola bientôt avec sa belle femme et ses enfants.


MORALITÉ


Attendre quelque temps pour avoir un Époux,
Riche, bien fait, galant et doux,
La chose est assez naturelle,
Mais l'attendre cent ans, et toujours en dormant,
On ne trouve plus de femelle,
Qui dormît si tranquillement.
La Fable semble encor vouloir nous faire entendre,
Que souvent de l'Hymen les agréables noeuds,
Pour être différés n'en sont pas moins heureux,
Et qu'on ne perd rien pour attendre ;
Mais le sexe avec tant d'ardeur
Aspire à la foi conjugale,
Que je n'ai pas la force ni le coeur de lui prêcher cette morale.


CHARLES PERRAULT




LA BELLA DURMIENTE DEL BOSQUE


Había una vez un rey y una reina que estaban tan afligidos por no tener hijos, tan afligidos que no hay palabras para expresarlo. Fueron a todas las aguas termales del mundo; votos, peregrinaciones, pequeñas devociones, todo se ensayó sin resultado.


Al fin, sin embargo, la reina quedó encinta y dio a luz una hija. Se hizo un hermoso bautizo; fueron madrinas de la princesita todas las hadas que pudieron encontrarse en la región (eran siete) para que cada una de ellas, al concederle un don, como era la costumbre de las hadas en aquel tiempo, colmara a la princesa de todas las perfecciones imaginables.


Después de las ceremonias del bautizo, todos los invitados volvieron al palacio del rey, donde había un gran festín para las hadas. Delante de cada una de ellas habían colocado un magnífico juego de cubiertos en un estuche de oro macizo, donde había una cuchara, un tenedor y un cuchillo de oro fino, adornado con diamantes y rubíes. Cuando cada cual se estaba sentando a la mesa, vieron entrar a una hada muy vieja que no había sido invitada porque hacia más de cincuenta años que no salía de una torre y la creían muerta o hechizada.


El rey le hizo poner un cubierto, pero no había forma de darle un estuche de oro macizo como a las otras, pues sólo se habían mandado a hacer siete, para las siete hadas. La vieja creyó que la despreciaban y murmuró entre dientes algunas amenazas. Una de las hadas jóvenes que se hallaba cerca la escuchó y pensando que pudiera hacerle algún don enojoso a la princesita, fue, apenas se levantaron de la mesa, a esconderse tras la cortina, a fin de hablar la última y poder así reparar en lo posible el mal que la vieja hubiese hecho.


Entretanto, las hadas comenzaron a conceder sus dones a la princesita. La primera le otorgó el don de ser la persona más bella del mundo, la siguiente el de tener el alma de un ángel, la tercera el de poseer una gracia admirable en todo lo que hiciera, la cuarta el de bailar a las mil maravillas, la quinta el de cantar como un ruiseñor, y la sexta el de tocar toda clase de instrumentos musicales a la perfección. Llegado el turno de la vieja hada, ésta dijo, meneando la cabeza, más por despecho que por vejez, que la princesa se pincharía la mano con un huso, lo que le causaría la muerte.


Este don terrible hizo temblar a todos los asistentes y no hubo nadie que no llorara. En ese momento, el hada joven salió de su escondite y en voz alta pronunció estas palabras:


—Tranquilizaos, rey y reina, vuestra hija no morirá; es verdad que no tengo poder suficiente para deshacer por completo lo que mi antecesora ha hecho. La princesa se clavará la mano con un huso; pero en vez de morir, sólo caerá en un sueño profundo que durará cien años, al cabo de los cuales el hijo de un rey llegará a despertarla.


Para tratar de evitar la desgracia anunciada por la anciana, el rey hizo publicar de inmediato un edicto, mediante el cual bajo pena de muerte, prohibía a toda persona hilar con huso y conservar husos en casa.


Pasaron quince o dieciséis años. Un día en que el rey y la reina habían ido a una de sus mansiones de recreo, sucedió que la joven princesa, correteando por el castillo, subiendo de cuarto en cuarto, llegó a lo alto de un torreón, a una pequeña buhardilla donde una anciana estaba sola hilando su copo. Esta buena mujer no había oído hablar de las prohibiciones del rey para hilar en huso.


—¿Qué hacéis aquí, buena mujer? —dijo la princesa. Estoy hilando, mi bella niña, le respondió la anciana, que no la conocía.


—¡Ah! qué lindo es, replicó la princesa, ¿cómo lo hacéis? Dadme, a ver si yo también puedo.


No hizo más que coger el huso, y siendo muy viva y un poco atolondrada, aparte de que la decisión de las hadas así lo habían dispuesto, cuando se clavó la mano con él y cayó desmayada.


La buena anciana, muy confundida, clama socorro. Llegan de todos lados, echan agua al rostro de la princesa, la desabrochan, le golpean las manos, le frotan las sienes con agua de la reina de Hungría; pero nada la reanima.


Entonces el rey, que acababa de regresar al palacio y había subido al sentir el alboroto, se acordó de la predicción de las hadas, y pensando que esto tenía que suceder ya que ellas lo habían dicho, hizo poner a la princesa en el aposento más hermoso del palacio, sobre una cama bordada en oro y plata. Se veía tan bella que parecía un ángel, pues el desmayo no le había quitado sus vivos colores: sus mejillas eran encarnadas y sus labios como el coral; sólo tenía los ojos cerrados, pero se la oía respirar suavemente, lo que demostraba que no estaba muerta. El rey ordenó que la dejaran dormir en reposo, hasta que llegase su hora de despertar.


El hada buena que le había salvado la vida, al hacer que durmiera cien años, se hallaba en el reino de Mataquin, a doce mil leguas de allí, cuando ocurrió el accidente de la princesa; pero en un instante recibió la noticia traída por un enanito que tenía botas de siete leguas (eran unas botas que recorrían siete leguas en cada paso). El hada partió de inmediato, y al cabo de una hora la vieron llegar en un carro de fuego tirado por dragones.


El rey la fue a recibir dándole la mano a la bajada del carro. Ella aprobó todo lo que él había hecho; pero como era muy previsora, pensó que cuando la princesa llegara a despertar, se sentiría muy confundida al verse sola en este viejo palacio.
Hizo lo siguiente: tocó con su varita todo lo que había en el castillo (salvo al rey y a la reina), ayas, damas de honor, mucamas, gentilhombres, oficiales, mayordomos, cocineros, tocó también todos los caballos que estaban en las caballerizas, con los palafreneros, los grandes perros de gallinero, y la pequeña Puf, la perrita de la princesa que estaba junto a ella sobre el lecho. Junto con tocarlos, se durmieron todos, para que despertaran al mismo tiempo que su ama, a fin de que estuviesen todos listos para atenderla llegado el momento; hasta los asadores, que estaban al fuego con perdices y faisanes, se durmieron, y también el fuego. Todo esto se hizo en un instante: las hadas no tardaban en realizar su tarea.


Entonces el rey y la reina luego de besar a su querida hija, sin que ella despertara, salieron del castillo e hicieron publicar prohibiciones de acercarse a él a quienquiera que fuese en todo el mundo. Estas prohibiciones no eran necesarias, pues en un cuarto de hora creció alrededor del parque tal cantidad de árboles grandes y pequeños, de zarzas y espinas entrelazadas unas con otras, que ni hombre ni bestia habría podido pasar; de modo que ya no se divisaba, sino lo alto de las torres del castillo y esto sólo de muy lejos. Nadie dudó de que esto fuese también obra del hada para que la princesa, mientras durmiera, no tuviera nada que temer de los curiosos.


Al cabo de cien años, el hijo de un rey que gobernaba en ese momento y que no era de la familia de la princesa dormida, andando de caza por esos lados, preguntó qué eran esas torres que divisaba por encima de un gran bosque muy espeso; cada cual le respondió según lo que había oído hablar. Unos decían que era un viejo castillo poblado de fantasmas; otros, que todos los brujos de la región celebraban allí sus reuniones. La opinión más corriente era que en ese lugar vivía un ogro y llevaba allí a cuanto niño podía atrapar, para comérselo a gusto y sin que pudieran seguirlo, teniendo él solamente el poder para hacerse un camino a través del bosque. El príncipe no sabía qué creer, hasta que un viejo campesino tomó la palabra y le dijo:


—Príncipe, hace más de cincuenta años le oí decir a mi padre que había en ese castillo una princesa, la más bella del mundo; que dormiría durante cien años y sería despertada por el hijo de un rey a quien ella estaba destinada.


Al escuchar este discurso, el joven príncipe se sintió enardecido; creyó sin vacilar que él pondría fin a tan hermosa aventura; e impulsado por el amor y la gloria, resolvió investigar al instante de qué se trataba.


Apenas avanzó hacia el bosque, esos enormes árboles, aquellas zarzas y espinas se apartaron solos para dejarlo pasar: caminó hacia el castillo que veía al final de una gran avenida adonde penetró, pero, ante su extrañeza, vio que ninguna de esas gentes había podido seguirlo porque los árboles se habían cerrado tras él. Continuó sin embargo su camino: un príncipe joven y enamorado es siempre valiente.


Llegó a un gran patio de entrada donde todo lo que apareció ante su vista era para helarlo de temor. Reinaba un silencio espantoso, por todas partes se presentaba la imagen de la muerte, era una de cuerpos tendidos de hombres y animales, que parecían muertos. Pero se dio cuenta, por la nariz granujienta y la cara rubicunda de los guardias, que sólo estaban dormidos, y sus jarras, donde aún quedaban unas gotas de vino, mostraban a las claras que se habían dormido bebiendo.


Atraviesa un gran patio pavimentado de mármol, sube por la escalera, llega a la sala de los guardias que estaban formados en hilera, la carabina al hombro, roncando a más y mejor. Atraviesa varias cámaras llenas de caballeros y damas, todos durmiendo, unos de pie, otros sentados; entra en un cuarto todo dorado, donde ve sobre una cama cuyas cortinas estaban abiertas, el más bello espectáculo que jamás imaginara: una princesa que parecía tener quince o dieciséis años cuyo brillo resplandeciente tenía algo luminoso y divino.


Se acercó temblando y en actitud de admiración se arrodilló junto a ella. Entonces, como había llegado el término del hechizo, la princesa despertó; y mirándolo con ojos más tiernos de lo que una primera vista parecía permitir:


—¿Sois vos, príncipe mío? —le dijo ella— bastante os habéis hecho esperar.


El príncipe, atraído por estas palabras y más aún por la forma en que habían sido dichas, no sabía cómo demostrarle su alegría y gratitud; le aseguró que la amaba más que a sí mismo. Sus discursos fueron inhábiles; por ello gustaron más; poca elocuencia, mucho amor, con eso se llega lejos. Estaba más confundido que ella, y no era para menos; la princesa había tenido tiempo de soñar con lo que le diría, pues parece (aunque la historia no lo dice) que el hada buena, durante tan prolongado letargo, le había procurado el placer de tener sueños agradables. En fin, hacía cuatro horas que hablaban y no habían conversado ni de la mitad de las cosas que tenían que decirse.


Entretanto, el palacio entero se había despertado junto con la princesa; todos se disponían a cumplir con su tarea, y como no todos estaban enamorados, ya se morían de hambre; la dama de honor, apremiada como los demás, le anunció a la princesa que la cena estaba servida. El príncipe ayudó a la princesa a levantarse y vio que estaba toda vestida, y con gran magnificencia; pero se abstuvo de decirle que sus ropas eran de otra época y que todavía usaba gorguera; no por eso se veía menos hermosa.


Pasaron a un salón de espejos y allí cenaron, atendido por los servidores de la princesa; violines y oboes interpretaron piezas antiguas pero excelentes, que ya no se tocaban desde hacía casi cien años; y después de la cena, sin pérdida de tiempo, el capellán los casó en la capilla del castillo, y la dama de honor les cerró las cortinas: durmieron poco, la princesa no lo necesitaba mucho, y el príncipe la dejó por la mañana temprano para regresar a la ciudad, donde su padre debía estar preocupado por él.


El príncipe le dijo que estando de caza se había perdido en el bosque y que había pasado la noche en la choza de un carbonero quien le había dado de comer queso y pan negro. El rey: su padre, que era un buen hombre, le creyó pero su madre no quedó muy convencida, y al ver que iba casi todos los días a cazar y que siempre tenía una excusa a mano cuando pasaba dos o tres noches afuera, ya no dudó que se trataba de algún amorío; pues vivió más de dos años enteros con la princesa y tuvieron dos hijos siendo la mayor una niña cuyo nombre era Aurora, y el segundo un varón a quien llamaron el Día porque parecía aún más bello que su hermana.


La reina le dijo una y otra vez a su hijo para hacerlo confesar, que había que darse gusto en la vida, pero él no se atrevió nunca a confiarle su secreto; aunque la quería, le temía, pues era de la raza de los ogros, y el rey se había casado con ella por sus riquezas; en la corte se rumoreaba incluso que tenía inclinaciones de ogro, Y que al ver pasar niños, le costaba un mundo dominarse para no abalanzarse sobre ellos; de modo que el príncipe nunca quiso decirle nada.


Mas, cuando murió el rey, al cabo de dos años, y él se sintió el amo, declaró públicamente su matrimonio y con gran ceremonia fue a buscar a su mujer al castillo. Se le hizo un recibimiento magnífico en la capital a donde ella entró acompañada de sus dos hijos.


Algún tiempo después, el rey fue a hacer la guerra contra el emperador Cantalabutte, su vecino. Encargó la regencia del reino a su madre, recomendándole mucho que cuidara a su mujer y a sus hijos. Debía estar en la guerra durante todo el verano, y apenas partió, la reina madre envió a su nuera y sus hijos a una casa de campo en el bosque para poder satisfacer más fácilmente sus horribles deseos. Fue allí algunos días más tarde y le dijo una noche a su mayordomo.


—Mañana para la cena quiero comerme a la pequeña Aurora.


—¡Ay! señora, dijo el mayordomo.


—¡Lo quiero!, dijo la reina (y lo dijo en un tono de ogresa que desea comer carne fresca), y deseo comérmela con salsa Robert.


El pobre hombre, sabiendo que no podía burlarse de una ogresa, tomó su enorme cuchillo y subió al cuarto de la pequeña Aurora; ella tenía entonces cuatro años y saltando y corriendo se echó a su cuello pidiéndole caramelos. El se puso a llorar, el cuchillo se le cayó de las manos, y se fue al corral a degollar un corderito, cocinándolo con una salsa tan buena que su ama le aseguró que nunca había comido algo tan sabroso. Al mismo tiempo llevó a la pequeña Aurora donde su mujer para que la escondiera en una pieza que ella tenía al fondo del corral.


Ocho días después, la malvada reina le dijo a su mayordomo:


—Para cenar quiero al pequeño Día.


El no contestó, habiendo resuelto engañarla como la primera vez. Fue a buscar al niño y lo encontró, florete en la mano, practicando esgrima con un mono muy grande, aunque sólo tenía tres años. Lo llevó donde su mujer, quien lo escondió junto con Aurora, y en vez del pequeño Día, sirvió un cabrito muy tierno que la ogresa encontró delicioso.


Hasta aquí la cosa había marchado bien; pero una tarde, esta reina perversa le dijo al mayordomo:


—Quiero comerme la reina con la misma salsa que sus hijos.


Esta vez el pobre mayordomo perdió la esperanza de poder engañarla nuevamente. La joven reina tenía más de 20 años, sin contar los cien que había dormido: aunque hermosa y blanca su piel era algo dura; ¿y cómo encontrar en el corral un animal tan duro? Decidió entonces, para salvar su vida, degollar a la reina, y subió a sus aposentos con la intención de terminar de una vez. Tratando de sentir furor y con el puñal en la mano, entró a la habitación de la reina. Sin embargo no quiso sorprendería y en forma respetuosa le comunicó la orden que había recibido de la reina madre.


—Cumplid con vuestro deber, le dijo ella, tendiendo su cuello; ejecutad la orden que os han dado; iré a reunirme con mis hijos, mis pobres hijos tan queridos (pues ella los creía muertos desde que los había sacado de su lado sin decirle nada).


—No, no, señora, le respondió el pobre mayordomo, enternecido, no moriréis, y tampoco dejaréis de reuniros con vuestros queridos hijos, pero será en mi casa donde los tengo escondidos, y otra vez engañaré a la reina, haciéndole comer una cierva en lugar vuestro.


La llevó en seguida al cuarto de su mujer y dejando que la reina abrazara a sus hijos y llorara con ellos, fue a preparar una cierva que la reina comió para la cena, con el mismo apetito que si hubiera sido la joven reina. Se sentía muy satisfecha con su crueldad, preparándose para contarle al rey, a su regreso, que los lobos rabiosos se habían comido a la reina su mujer y a sus dos hijos.


Una noche en que como de costumbre rondaba por los patios y corrales del castillo para olfatear alguna carne fresca, oyó en una sala de la planta baja al pequeño Día que lloraba porque su madre quería pegarle por portarse mal, y escuchó también a la pequeña Aurora que pedía perdón por su hermano.


La ogresa reconoció la voz de la reina y de sus hijos, y furiosa por haber sido engañada, a primera hora de la mañana siguiente, ordenó con una voz espantosa que hacía temblar a todo el mundo, que pusieran al medio del patio una gran cuba haciéndola llenar con sapos, víboras, culebras y serpientes, para echar en ella a la reina y sus niños, al mayordomo, su mujer y su criado; había dado la orden de traerlos con las manos atadas a la espalda.


Ahí estaban, y los verdugos se preparaban para echarlos a la cuba, cuando el rey, a quien no esperaban tan pronto, entró a caballo en el patio; había viajado por la posta, y preguntó atónito qué significaba ese horrible espectáculo. Nadie se atrevía a decírselo, cuando de pronto la ogresa, enfurecida al mirar lo que veía, se tiró de cabeza dentro de la cuba y en un instante fue devorada por las viles bestias que ella había mandado poner.


El rey no dejó de afligirse: era su madre, pero se consoló muy pronto con su bella esposa y sus queridos hijos.


MORALEJA


Esperar algún tiempo para hallar un esposo
rico, galante, apuesto y cariñoso 
parece una cosa natural 
pero aguardarlo cien años en calidad de durmiente 
ya no hay doncella tal que duerma tan apaciblemente.
La fábula además parece querer enseñar
que a menudo del vínculo el atrayente lazo
no será menos dichoso por haberle dado un plazo 
y que nada se pierde con esperar;
pero la mujer con tal ardor
aspira a la fe conyugal
que no tengo la fuerza ni el valor
de predicarle esta moral.


Traducción de MARÍA LUIS HUIDOBRO

"Llegó con tres heridas" de Miguel Hernández

Llegó con tres heridas: 
la del amor, 
la de la muerte,
la de la vida.

 Con tres heridas viene:
 la de la vida,
 la del amor,
 la de la muerte. 

Con tres heridas yo:
 la de la vida, 
la de la muerte, 
la del amor.
                              Miguel Hernández 

http://www.moragrega.com/serrat/letras/hernandez.html#tema10

jueves, 1 de mayo de 2014

Silvina y Victoria Ocampo

Silvina y Victoria Ocampo





Victoria Ocampo tradujo al francés, y recitó admirablemente (no en vano había estudiado teatro con Marguerite Moreno), El balcón, de su hermana Silvina. Decía de la lengua francesa: "idioma al que recurro cada vez que estoy conmovida porque es el idioma de mi infancia".



Le balcon

Dans l´été d´un balcon, balcon de France,
Nous regardions les cèdres étrangers
Et paraissant trop bleu dans le lointain
Un lac privé du ceibo et du zorzal.

Nous goûtions mieux une patrie plus vide :
Il n´y a pas un seul palmier, disais-je,
Des chants d´oiseaux ne nous réveillent plus
Avec les eaux boueuses, les navires.

Ah, notre fleuve sans mesure et brun !
À l´absence fidèle quoique ingrate,
Rentrée chez moi je me sens étrangère,

Me manque le balcon non le palmier,
Le cèdre manque à ma boueuse côte ;
Ah, le lac était bleu et que de roses !



El balcón

En el verano de un balcón, en Francia,
mirábamos los cedros extranjeros
y un demasiado azul en la distancia
lago, lejos de ceibos y jilgueros.

Nos gustaba una patria más vacía:
no hay aquí una palmera, yo decía,
no nos despierta el canto de las aves
con las aguas barrosas, con las naves.

Ah, yo prefiero el río de la Plata.
Fiel a la ausencia y todavía ingrata,
soy a veces aquí una forastera:

falta ahora el balcón, no la palmera,
faltan cedros y no costas barrosas;
¡Ah, qué azul era el lago y había rosas!




"El zar Saltán" de Alexander Pushkin

El zar Saltan: Alexander Pushkin

El zar Saltan (Tsare Saltane) es un poema de hadas o poema fantástico del escritor ruso Alexander Pushkin, escrito en 1824 y publicado en 1832.

Nuestra versión, al igual que la mayoría de las traducciones al español de este poema, se encuentra en forma de relato corto; tal vez el modo más efectivo de conservar la esencia del original.



El zar Saltan.
Tsare Saltane, Alexander Pushkin (1799-1837)

Érase una vez… Tres muchachas hilaban sentadas junto a la ventana.

—Si yo fuera zarina —dijo una de ellas— prepararía sola un festín para el mundo entero.
—Si fuera yo zarina —dijo su hermana— hilaría tanta tela de lino que a nadie le faltara.
—Si yo fuera zarina —dijo la tercera hermana— pariría un héroe para nuestro zar…

Apenas lo dijo cuando la puerta se abrió crujiendo y compareció en la estancia el zar, dueño y señor de aquel país. Había escuchado la conversación escondido detrás del tabique y le agradaron mucho las palabras de la última muchacha.

—¡Te saludo, hermosa mía! Sé, pues, zarina, y regálame un héroe para fines de septiembre. Y vosotras, hermanas y palomitas, preparaos ahora mismo a acompañar a vuestra hermana. Una de vosotras será hilandera, y cocinera la otra.

Entró luego el zar en su palacio, seguido de las doncellas, y sin pérdida de tiempo se casó el mismo día, sentándose junto a la mesa del festín junto a su joven zarina. Concluida la fiesta los convidados condujéronlos al dormitorio y los dejaron solos en la cama de marfil. En la cocina gruñía la cocinera, y lloraba la hilandera junto a su rueca, envidiosas ambas de su hermana la zarina. Mientras tanto ésta, fiel a su palabra, quedó encinta desde aquella misma noche. Por aquel tiempo hubo guerra: el zar Saltán se despidió de su esposa y, montando a caballo, le suplicó, por su amor, que se cuidara cuanto pudiera. Mientras se hallaba lejos de allí, combatiendo con gran denuedo y por muy largo tiempo, llegó la hora del parto y Dios les dio un hijo grande como un archín. Y he aquí que la zarina estaba cuidando a su hijito como una águila a su aguilucho, y envió a un mensajero con una carta para comunicar al padre la buena nueva.

Y he aquí también que la cocinera y la hilandera, en unión con la comadre Babarija, intentaron perder a la zarina. Ordenaron detener al mensajero y lo sustituyeron por otro, al que entregaron una carta que decía así:

“La zarina ha parido esta noche algo que no es hijo ni hija, ni rana ni ratón, sino un bicho desconocido.”

Al recibir tal noticia, el zar Saltán se puso tan furioso que quiso ahorcar al mensajero, pero, ablandándose luego, le ordenó aguardar su decisión hasta después de su regreso. El mensajero se puso en camino y llegó por fin al palacio. Pero la cocinera y la hilandera, en unión con la comadre Babarija, lo emborracharon, y metieron en su bolsa una carta redactada en manera tal que pareciera una orden del zar:

“Ordeno a mis boyardos echar al agua sin pérdida de tiempo a la zarina con lo que ha parido.”

No quedaba más remedio que cumplir la orden. Los boyardos, aunque compadecidos de ella y del joven zarévich, entraron en su dormitorio y le notificaron la voluntad del zar leyendo el mensaje. Acto seguido los metieron en un gran tonel y lo cubrieron de alquitrán y lo hicieron rodar hasta el océano, según la orden del zar Saltán. Flotaba el tonel sobre las olas, bajo la luz de las estrellas. La zarina lloraba y su hijo crecía, no por días sino por horas. Mientras ella vertía lágrimas, su hijo se dirigió a las olas:

—¡Ah, ola mía, libre siempre y que en todo momento deseas pasear! ¡Tú que vas a donde quieres, quebrando las rocas y llevando las naves en tus ondas! ¡Ten piedad de nosotros y vuelve a dejarnos en tierra!...

Y la ola, obedeciéndolo, depositó seguidamente el tonel en la orilla y se alejó plácidamente. Madre e hijo se alegraron. Pero ¿quién podría sacarlos del tonel? En esto el hijo se levantó y, enderezándose, empujó con la cabeza un extremo de su prisión.

—A ver si logro abrir una ventana por este lado.
Y dicho y hecho. Salieron ambos y se vieron libres. Ya fuera del tonel, vieron que por un lado se extendía el mar azul, y por el otro un vasto campo, con una colina en cuya cima crecía un verde roble.
—Todo esto está muy bien —pensó el zarévich—, pero tampoco estaría mal que pudiéramos almorzar…

Rompió una rama, y, como llevaba sobre el pecho una cruz sujeta con una cinta de seda, ajustó ésta a la rama, doblándola, y con ello consiguió un buen arco. Preparóse luego una afilada flecha y se encaminó a la orilla a ver si cazaría algo. Apenas había dado unos pasos cuando oyó un débil gemido, y comprendió al instante que algo extraordinario sucedía. Miró y vio que sobre las olas se debatía un cisne atacado por un azor. El pobre cisne golpeaba desesperadamente el agua con sus alas, mientras el azor preparaba ya sus garras y su pico… Pero silbó la flecha, y fue a clavarse en el cuello del carnívoro, atravesándolo, y el rapaz azor cayó ensangrentado al mar… El zarévich dejó reposar su arco. Chilló el azor con voz que no semejaba de ave, mientras el cisne lo atacaba ahora a su vez, procurando golpearlo con sus alas y clavarle su pico. Pero lo que resultó más extraño aún fue que luego se dirigió el cisne al zarévich y le dijo en ruso:

—¡Zarévich, eres mi salvador! No te apenes si por mi culpa no comes durante tres días, ni por haber perdido tu flecha… Puedes creer que el mal no es grave, pues te recompensaré con creces. Debes saber que has salvado no a un cisne, sino a una doncella; y a quien has matado no es a un azor, sino a un terrible hechicero. Jamás lo olvidaré. Allí donde estés me encontrarás a tu lado. Pero ahora vuelve y reposa.

El cisne voló, y la zarina y su hijo se acostaron para dormir sin haber comido nada en todo el día.
Y he aquí que durante la noche el zarévich se despertó, sacudiéndose el sueño, miró, y, lleno de asombro, descubrió no lejos de allí una gran ciudad, detrás de cuyos blancos muros con almenas centelleaban las cúpulas de santas iglesias y monasterios. El zarévich se apresuró a despertar a su madre. Ésta dejó escapar una exclamación de sorpresa.

—Pues no dudo de que veremos aún mayores maravillas —contestó el zarévich—. Estoy seguro de que es obra de mi cisne.

Los dos se dirigieron a la ciudad. Pero apenas habían entrado cuando fueron recibidos por una inmensa multitud al repique de todas las campanas y al son de las voces de un coro que entonaba una oración. Luego los hicieron instalarse en un magnífico carruaje, que los llevó a la coronación. Y así fue cómo el mismo día subió el zarévich al trono para reinar en su capital, y, con el consentimiento de su madre, tomó el nombre de príncipe Gvidón.

Paseaba el viento por el mar y empujaba a una nave que corría con todas las velas desplegadas. Los de a bordo estaban reunidos en la cubierta y se extrañaron al ver que en una isla tan conocida por ellos y siempre desierta, apareciera ahora aquella espléndida ciudad con sus cúpulas doradas y su magnífico puerto, del que llegaban salvas, ordenándoles entrar. Obedeciendo, amarraron en el puerto y acto seguido fueron conducidos a palacio, en donde los recibió el príncipe Gvidón. Invitólos a su mesa y les hizo preguntas:

—¿Qué clase de mercancía lleváis, caballeros, y hacia dónde os dirigís ahora?
—Navegamos por el mundo entero y vendemos pieles de cibellina y de zorro; pero ahora vamos a Oriente, pasando por la isla de Buyana, al reino del zar Saltán.
—Os deseo, pues, una feliz travesía, y os ruego saludéis de parte mía al buen zar Saltán.
Los navegantes se hicieron a la mar seguidos por la mirada del príncipe, que se quedó muy triste.
Pero vio de pronto al blanco cisne que se acercaba por las olas.
—¡Te saludo, buen príncipe! ¿Qué te ocurre? ¿Por qué estás tan triste?
Y el príncipe contestó:
—Estoy triste por no haber visto desde hace tanto tiempo a mi padre.
—Pues me es fácil complacerte: te transformaré en seguida en mosquito, y así, volando, podrás seguir al navío.

El cisne batió las aguas con sus alas, mojó al príncipe de pies a cabeza y éste se transformó en mosquito. Silbando y zumbando emprendió el vuelo. Pronto alcanzó la nave y se escondió en una rendija. El viento seguía soplando y el barco navegaba alegremente. Rebasó la isla de Buyana y se dirigió al reino de Saltán, que no tardó en descubrirse en la lejanía. Amarraron allí y seguidamente fueron llamados a palacio. Tras ellos voló nuestro mosquito. Al entrar vio en el trono al zar Saltán, vestido todo de oro, llevando puesta su corona; pero con semblante triste. A su lado estaban sentadas la hilandera y la cocinera en unión de la comadre Babarija, que no apartaban los ojos de él. El zar Saltán invitó a los huéspedes a su mesa y los interrogó:

—Señores y caballeros: ¿cuánto tiempo lleváis navegando? ¿Cómo se vive al otro lado del mar y qué habéis visto de sorprendente en vuestros viajes?
Los navegantes le contestaron:
—Hemos navegado por el mundo entero. No se vive mal allí. Y por lo que toca a lo extraño y milagroso te diremos lo siguiente: conocíamos una isla inhospitalaria y desierta. En ella sólo se veía un roble en la cima de una colina. Y ahora hemos encontrado allí una gran ciudad, con un espléndido palacio, multitud de iglesias y magníficas quintas rodeadas de jardines. En el trono hemos visto al príncipe Gvidón, que te saluda con respeto.
El zar Saltán encontró aquello milagroso de verdad y dijo:
—Si viviera un poco más, me gustaría ver la isla y visitar a su príncipe Gvidón.
Pero la hilandera con la cocinera, en unión de la comadre Babarija, quisieron disuadirlo de su propósito:
—¡Vaya una cosa milagrosa! —dijo la hilandera guiñando el ojo a las otras—. Lo que voy a decirte sí que es milagroso de verdad. Conozco un bosque en el que crece un pino. Debajo de él hay una ardilla que canta y come nueces. Y aquellas nueces tienen corteza de oro, y el fruto es una esmeralda pura. ¡De esto sí que puede decirse que es una maravilla!

El zar Saltán quedóse sorprendido y admirado; pero el mosquito se puso furioso y picó de pronto a su tía en el ojo derecho. La hilandera palideció, desvanecióse y perdió su ojo. Entonces su hermana, la servidumbre y los demás presentes comenzaron a perseguir al mosquito, chillando:

—¡Te cazaremos, maldito!
Pero el mosquito se escapó por la ventana, atravesó tranquilamente el mar y volvió a su isla. Y nuevamente se entristeció el príncipe al contemplar las olas. Y volvió a presentarse el cisne.
—¡Te saludo, buen príncipe! ¿Qué te ocurre? ¿Por qué estás triste?
Y el príncipe le contestó:
—Estoy triste porque deseo ver una cosa no vista jamás. Sé que en alguna parte del mundo existe un bosque. En aquel bosque crece un pino, debajo del cual hay una ardilla que canta y come nueces. Las nueces tienen cáscara de oro y el fruto es una esmeralda pura… Pero tal vez mienta la gente y no exista semejante cosa…
Mas el cisne le contestó:
—No, príncipe, no miente: existen tal bosque y tal ardilla. No te preocupes, pues me gusta poder complacerte.

Contento, volvió el príncipe a su palacio. Pero, apenas entraba en el cercado, vio un pino bajo el cual una ardilla se comía una nuez de oro. Dejaba a un lado la corteza, amontonaba las esmeraldas y mientras tanto cantaba “Una vez en un jardín…”, y todos la escuchaban. Asombróse mucho el príncipe Gvidón y dijo:

—¡Qué maravilloso cisne! ¡Que Dios lo haga venturoso, y a mí también!
Ordenó construir para la ardilla un kiosco de cristal, puso centinelas en sus puertas y designó a un funcionario para llevar la cuenta exacta de las nueces. ¡Gloria a la ardilla! Y ¡vaya ganga para un príncipe!

Soplaba el viento sobre el mar y una nave se deslizaba por las olas con todas sus velas desplegadas. Se acercó a la isla. Oyéronse salvas que ordenaban a la nave entrar en el puerto. Amarró la embarcación y los navegantes fueron llamados a palacio. El príncipe Gvidón los invitó a su mesa para beber y comer, y les preguntó:

—¿A dónde os dirigís ahora y qué clase de mercancía lleváis a bordo?
—Hemos viajado por el mundo entero y vendemos caballos del Don. Nos dirigimos ahora al reino de Saltán, pasando por la isla de Buyana.
—Os deseo, pues, feliz travesía, y os ruego saludar de parte mía al buen zar Saltán.
Los navegantes se despidieron del príncipe e hiciéronse a la mar. Al seguirlos éste con la mirada, vio que se acercaba el cisne.
—¡Ay! —lamentóse el príncipe—. ¡No puedo resistir más! ¡Quiero ver a mi padre!

El cisne batió las aguas, mojó al joven de pies a cabeza y lo transformó en moscardón. El moscardón voló entre mar y cielo, alcanzó la nave y se escondió en una rendija. El viento seguía soplando y la embarcación navegaba alegremente. Pasó por la isla de Buyana y se aproximó al reino de Saltán. Saltaron a tierra los navegantes y en seguida fueron llamados a palacio; y allí los siguió nuestro moscardón. Al introducirse en el palacio vio al zar Saltán, vestido todo de oro y llevando puesta la corona, pero sumamente triste… A su lado estaban sentadas la hilandera y la cocinera en unión de la comadre Babarija, las que miraban al zar con ojos de sapo. El zar Saltán invitó a los navegantes a su mesa y los interrogó:

—¿Cuánto tiempo lleváis navegando? ¿Cómo se vive al otro lado del mar y qué habéis visto de maravilloso en los países lejanos?
—Hemos navegado por el mundo entero. No se vive mal allí. Y hemos visto una cosa en verdad milagrosa: una gran ciudad en una isla, magníficos palacios, y quintas rodeadas de jardines. Ante el palacio del rey crece un enorme pino, bajo el cual se levanta un kiosco de cristal. En este kiosco vive una ardilla amaestrada que, mientras canta, va rompiendo nueces. Pero las nueces no son como las otras: su cáscara es de oro puro y su fruto es una esmeralda. La maravillosa ardilla está rodeada de servidores y un funcionario lleva la cuenta exacta de las nueces. El ejército rinde honores a la ardilla; con las cáscaras se acuñan monedas que circulan por el mundo entero y las muchachas recogen las esmeraldas y las ocultan en sus cofres. Todos son ricos en aquella isla. Allí no hay chozas, sino palacios. Y reina en aquel dichoso país el príncipe Gvidón, que te manda sus saludos.

El zar Saltán se maravilló.
—Si viviera un poco más, me gustaría ver la isla y visitar a su príncipe Gvidón.
Pero la hilandera y la cocinera, en unión de la comadre Babarija, intentaron disuadirlo de la idea.
—¡Vaya un milagro! ¿Qué tiene de particular que una ardilla rompa nueces de oro y amontone esmeraldas? Sé de una cosa mucho más sorprendente. En cierto lugar, cuando el mar se agita cubriendo la orilla de blanca espuma, salen de las olas treinta y tres héroes gigantes, a cuál más hermoso, capitaneados por un tal Chernomor. Todos son iguales y todos tienen escamas de oro, que brillan como el fuego. De esto sí que puede decirse que es una maravilla.

Nadie se atrevió a contradecirla. El zar Saltán se quedó con la boca abierta, mientras se enfurecía el moscardón. Silbó y zumbó y de pronto picó a su tía en el ojo izquierdo.
—¡A cazarlo, a cazarlo! —gritaron todos—. ¡Te cazaremos, maldito!
Pero era tarde ya. El moscardón se escapó por la ventana. Tranquilamente atravesó el mar y regresó a su isla. Y de nuevo se paseó de nuevo el príncipe contemplando el mar. Y volvió a presentarse el cisne:
—¡Te saludo, buen príncipe! ¿Qué te ocurre? ¿Por qué estás tan triste y preocupado?
—¡Ah! ¡Si pudiera yo conseguir para mi isla una cosa en verdad maravillosa!...
—Habla, pues; a ver si puedo complacerte…
—No sé en dónde… pero sé que hay un cierto lugar en el cual, cuando se enfurece el océano y las olas invaden la tierra, salen de ellas treinta y tres héroes gigantes, todos iguales, todos jóvenes y hermosos, capitaneados por un tal Chernomor. Todos tienen escamas de oro que brillan como el fuego…
—¡Bueno, príncipe! Pues no te preocupes. Si no es más que esto, es fácil arreglarlo. Conozco a estos jóvenes héroes: son mis hermanos, y haré que se presenten aquí.

El príncipe se fue, olvidando su preocupación; subió a una torre y desde allí empezó a contemplar el mar. Y no había transcurrido mucho rato cuando se levantaron las olas y salieron de ellas treinta y tres héroes —todos hermosos jóvenes, con escamas de oro que brillaban como el fuego—. Los precedía el viejo y canoso Chernomor, que los condujo a la ciudad. El príncipe Gvidón bajó corriendo a su encuentro. De todos los lugares acudieron gentes a verlos. Chernomor se acercó, saludó al príncipe y le dijo:

—Nos manda aquí el cisne para que guardemos tu hermosa ciudad. Cada día saldremos al mar para hacer la ronda en torno a los muros. Así es que pronto nos volveremos a ver. Y ahora, adiós, pues nos molesta el aire de la tierra.

Y dicho esto se alejaron. El viento seguía soplando y la nave proseguía su camino… Se deslizó por las olas con todas sus velas desplegadas. Se acercó a la isla. Los cañones lanzaron sus salvas, ordenándole que entrara y amarrara. Y como de costumbre el príncipe Gvidón invitó a los navegantes a su mesa y les rogó que contestaran a sus preguntas:

—¿A dónde os dirigís y qué clase de mercancía lleváis a bordo?
—Navegamos por el mundo —contestaron los del barco—. Vendemos armas, plata y oro, y nos dirigimos ahora, pasando por la isla de Buyana, hacia el reino de Saltán.
Los navegantes se despidieron y se hicieron a la mar. El príncipe se encaminó también a la orilla, en donde lo aguardaba ya el cisne.
—¡Ah, cisne mío! ¡Cuánto me gustaría ver a mi padre!...
De nuevo batió el cisne las aguas con sus alas y mojó al príncipe. Pero esta vez lo transformó en zángano. El zángano voló, alcanzó la nave y se escondió en una rendija de popa.

Silbaba el viento y corría la nave. Rebasó la isla de Buyana y se acercó al anhelado reino de Saltán, que ya se vislumbraba en la lejanía. Pronto amarraron en el puerto, bajaron a tierra y, llamados por el zar, se dirigieron a palacio. Nuestro zángano los siguió y se introdujo en los aposentos del monarca. El zar Saltán estaba en su trono, vestido todo de oro y con la corona puesta. Como siempre, se mostraba triste. A su lado estaban sentadas la hilandera y la cocinera, en unión de la comadre Babarija. Y las tres mujeres lo miraban con sus cuatro ojos. El zar Saltán hizo sentarse a los navegantes a su mesa y les preguntó:

—¿Cuánto tiempo lleváis navegando? ¿Cómo se vive al otro lado del mar y qué habéis visto de milagroso en los países lejanos?
—Hemos recorrido todo el mundo. No se vive mal allí. Y, por lo que a lo maravilloso se refiere, te diremos que hemos visto una isla en la que se levanta una ciudad en verdad prodigiosa. Cada día el mar se enfurece, cubre la tierra de blanca espuma y las olas, al retirarse, dejan en la orilla a treinta y tres valientes héroes, gigantes, hermosos jóvenes, con escamas de oro, y precedidos por el viejo Chernomor. Los pone en doble fila y todos hacen la ronda en torno a los muros de la ciudad. Y no hay guardianes mejores ni más seguros en el mundo entero. Reina allí el príncipe Gvidón, que te manda sus saludos.
—Si viviera un poco más, me gustaría ver la isla y visitar al príncipe Gvidón.

Esta vez la hilandera y la cocinera no chistaron. Pero la comadre Babarija dijo sonriendo con malicia:
—Nadie podrá asombrarnos con semejante cosa. No sé si es verdad o mentira, pero nada de sorprendente veo en ello. ¡Vaya una maravilla! ¿Qué tiene de particular que unos mancebos salgan del mar para vigilar una ciudad? Conozco una cosa… ¡pero ésa sí que es en verdad maravillosa! Dicen que al otro lado del mar existe una princesa de belleza tal que todo el que la ve no puede apartar de ella la mirada. Deslumbra al día y todo lo ilumina por la noche. En sus cabellos lleva la luna y en su frente brilla una estrella. Tiene un andar de pavo real y su voz es más dulce que el murmullo de un arroyuelo. ¡De eso sí que puede decirse que es una maravilla!

El zar Saltán se quedó con la boca abierta. Pero el príncipe se indignó, aunque tuvo lástima de la vieja Babarija. Se puso a zumbar en torno a ella y la picó en la nariz, produciéndole una enorme hinchazón. Y volvieron a gritar todos:

—¡A él! ¡a él! ¡Esta vez te cazaremos, maldito!
Pero el zángano voló por la ventana, atravesó tranquilamente el mar y regresó a su isla.

El príncipe se paseaba a orillas del mar y se le acercó el blanco cisne nadando por las aguas cristalinas.
—¡Te saludo, hermoso príncipe! ¿Por qué estás tan triste?
—Pues dime: ¿cómo puedo estar alegre? La gente se casa y sólo yo permanezco soltero.
—¿Y a nadie tienes que pueda ser tu novia?
—Sí y no. Dicen que existe una princesa tan hermosa que aquel que la ha visto una vez no puede ya apartar de ella la mirada. Deslumbra hasta a la luz del día y todo lo ilumina por la noche. En sus cabellos lleva la luna y en su frente brilla una estrella. Es majestuosa como un pavo real y su voz es más dulce que el murmullo de un arroyuelo… Pero no sé si lo que dicen es verdad o mentira…
El cisne permaneció un instante callado y dijo luego:
—Sí. Existe tal princesa. Pero casarse no es cosa tan sencilla como ponerse un guante. Luego ya no te lo podrás quitar. Así es que voy a darte un consejo para que lo medites bien antes de decidirte.

Pero el príncipe empezó a jurar que se había propuesto casarse y que había pensado y meditado suficientemente en ello. Y que, de ser preciso, estaba dispuesto a ir a buscar a la princesa hasta el fin del mundo. Al oír estas palabras, el cisne suspiró profundamente y le dijo:

—No hace falta ir tan lejos. Debes saber que tu destino está muy cerca de ti: ¡la princesa de que hablan soy yo!

Y al decir esto se levantó, voló por encima de las olas y se escondió detrás de unos arbustos, transformándose allí en una hermosa princesa. En sus cabellos brillaba la luna y en la frente llevaba una estrella. Se acercó caminando como un pavo real y al empezar a hablar parecía que murmuraba un arroyuelo. Al verla, el príncipe corrió a su encuentro, la estrechó contra su pecho y se apresuró a presentársela su madre, a la que suplicó:

—¡Ah, madre mía querida! He encontrado una prometida que deberá ser mi esposa y que siempre y en todo te obedecerá. Así, pues, te suplicamos que bendigas a tus hijos, pues lo somos, para que podamos vivir en paz y amor.
Entonces la madre levantó un icono y, aunque llorando, los bendijo:
—¡Que Dios os haga felices, queridos hijos míos!
El príncipe no quiso retrasar ni un día el casamiento. Se celebró la boda y empezaron a esperar hijos.

Soplaba el viento; una nave se deslizaba sobre el mar con todas las velas desplegadas, dirigiéndose al puerto de una gran ciudad. Oyéronse salvas. La nave amarró. El príncipe Gvidón aguardaba ya a sus huéspedes los navegantes, a los que invitó a beber y a comer.

—¿A dónde vais ahora? Y ¿qué lleváis a bordo para vender?
—Hemos navegado por el mundo entero vendiendo lo que no se debería vender… Pero ahora nos dirigimos a la tierra del zar Saltán, pasando por la isla de Buyana.
—Pues os deseo una feliz travesía. Y os ruego que recordéis al zar Saltán su intención de visitarme. ¡Hace mucho tiempo que lo espero! ¡Saludadlo de parte mía!
Los navegantes se hicieron a la mar, pero esta vez el príncipe se quedó en casa, pues no quiso abandonar a su joven esposa.

Silbaba el viento. La nave rebasó la isla de Buyana y se dirigió al reino de Saltán, que ya se vislumbraba en la lejanía. El zar Saltán aguardaba a los huéspedes en su palacio, reposando en su trono, vestido todo de oro y llevando puesta la corona. A su lado estaban sentadas la hilandera y la cocinera en unión de la comadre Babarija, que miraban, las tres, con sus cuatro ojos. El zar Saltán rogó a los navegantes que se sentaran a su mesa y les preguntó:

—¿Qué habéis visto viajando por el mundo? ¿Cómo se vive al otro lado del mar?
—Hemos viajado por el mundo entero. No se vive mal allí. Pero lo que hemos visto esta vez es en verdad maravilloso. Existe una isla; en ella hay una magnífica ciudad, llena de iglesias con cúpulas doradas, de quintas rodeadas de jardines y de multitud de palacios. Ante el del príncipe crece un pino, y bajo el pino se levanta un kiosco de cristal. En el kiosco vive una ardilla amaestrada que canta siempre y rompe las nueces con sus dientes. La cáscara de esas nueces es de oro puro, y el fruto es una esmeralda. Todos se ocupan de ella y la vigilan… Además, hay allí una cosa más maravillosa aún: cuando el mar se enfurece, cubriendo la tierra con su espuma, y se retiran las olas quedan en la orilla treinta y tres héroes, jóvenes, hermosos, iguales, con escamas de oro que brillan como el fuego. Los capitanea Chernomor. Y no hay en el mundo guardia más segura que aquella… Además, el príncipe tiene por esposa a una hermosa princesa. Nadie que la haya visto una vez puede apartar de ella la mirada. Deslumbra al día y todo lo ilumina por la noche. En sus cabellos lleva la luna y en su frente brilla una estrella. En el trono se sienta el príncipe Gvidón, que se lamenta de que no lo hayas visitado todavía.

Al oír esto, Saltán mandó preparar una escuadra. Pero la hilandera y la cocinera, en unión de la comadre Babarija, no quisieron permitirle realizar el viaje para ver la isla milagrosa. Mas el zar Saltán no les hizo caso:

—¿Soy un rey o soy un niño? —les dijo irritado—. ¡Pues me marcho hoy mismo!
Y diciendo esto salió dando un portazo.

El príncipe Gvidón estaba sentado frente a la ventana y contemplaba el mar tristemente. El mar estaba en calma y no se veía ola alguna… Pero en el horizonte aparecieron naves… Era la flota de Saltán, que se deslizaba sobre el océano. Al adivinarlo, el príncipe Gvidón dio un salto y gritó:

-¡Eh! ¡Madre mía, esposa querida: mirad allí… Viene mi padre!
Se aproximó la escuadra. Gvidón miró con un anteojo. En la cubierta pudo ver al zar Saltán, que también los miraba con un anteojo. A su lado estaban la hilandera y la cocinera, en unión de la comadre Babarija. Los tres quedaron maravillados ante la isla desconocida. Y he aquí que tronaron todos los cañones y fueron lanzadas al vuelo todas las campanas. El príncipe Gvidón descendió a la orilla para recibir al zar, y al propio tiempo a la hilandera y la cocinera, en unión de la comadre Babarija. Y sin explicación alguna los llevó a palacio. Entraron todos. En las puertas montaban guardia los treinta y tres héroes gigantes, todos hermosos jóvenes con escamas de oro puro, y al frente de ellos Chernomor. El zar entró en el cercado y vio cómo debajo de un pino la ardilla cantaba una canción, rompiendo una nuez de oro, sacando la esmeralda y colocándola en un saquito. Y todo el cercado estaba repleto de cáscaras de oro. Los recién llegados entraron en los aposentos. Allí los recibió la princesa, que era en verdad maravillosa: en sus cabellos llevaba la luna y en su frente brillaba una estrella. Su andar era el de un pavo real. A su lado estaba su suegra. Miróla el zar y la reconoció…

—¿Qué veo? ¿Qué es esto? —exclamó. Y empezó a sollozar… Abrazó luego a la zarina, a su hijo y a su joven esposa.

Acto seguido todos se sentaron a la mesa y dio comienzo un alegre festín. Mientras tanto la hilandera y la cocinera, como también la comadre Babarija, se escondieron en sendos rincones. Las encontraron, pero ellas se arrepintieron e imploraron gracia. El zar Saltán, vista la felicidad común, las perdonó, y las mandó a casa. Al declinar el día, Saltán se emborrachó de tal manera que tuvieron que llevarlo a la cama. Y yo estuve allí: me ofrecieron cerveza, vino y miel, que me pasaron muy cerca de la boca y sólo me mojaron el bigote.

Alexander Pushkin (1799-1837)